Kenscoff : combien de massacres faudra-t-il encore avant le retour à la normale ?

Kenscoff : combien de massacres faudra-t-il encore avant le retour à la normale ?

Kenscoff vient une nouvelle fois d’être frappée par une grave flambée de violence dans la nuit du dimanche au lundi 24 août 2026. Des habitants ont été tués, des maisons attaquées et des familles contraintes de fuir. Face à ce nouveau drame, une question s’impose : combien de massacres faudra-t-il encore avant que le pays retrouve une situation normale ?

La responsabilité première appartient aux groupes armés qui s’en prennent directement aux populations civiles. Tuer, incendier des maisons, déplacer des familles et terroriser des communautés constituent des actes criminels qui ne peuvent être justifiés par aucune revendication politique ou sociale. Les auteurs, les commanditaires et les financiers de ces attaques doivent être identifiés et poursuivis.

Mais la question de la responsabilité ne peut pas s’arrêter aux auteurs des massacres. Chaque nouvelle attaque révèle aussi les faiblesses persistantes de l’État dans sa mission fondamentale de protection de la population. Lorsqu’une communauté peut être attaquée à répétition sans bénéficier d’une protection efficace, c’est le dispositif national de sécurité qui est mis en cause.

Kenscoff n’est malheureusement pas un cas isolé. Depuis plusieurs mois, différentes zones proches de Port-au-Prince sont confrontées à l’expansion des groupes armés. Des familles abandonnent leurs maisons, des agriculteurs cessent de travailler leurs terres et des communautés entières vivent dans la peur d’une nouvelle attaque.

Le danger est désormais de considérer ces massacres comme une nouvelle normalité. Chaque attaque provoque l’indignation pendant quelques jours, puis l’attention nationale et internationale se déplace ailleurs. Pendant ce temps, les victimes restent mortes, les familles déplacées restent sans solution et les territoires perdus restent sous la menace des groupes armés.

La question fondamentale n’est donc plus seulement de savoir qui a commis le massacre de Kenscoff. Il faut aussi demander pourquoi les massacres continuent, pourquoi les mêmes zones restent vulnérables et pourquoi les mesures annoncées après chaque tragédie ne permettent pas d’empêcher la suivante.

La population haïtienne ne peut pas accepter que la succession des massacres devienne une unité de mesure de la crise nationale. Un pays ne revient pas à la normale lorsque ses citoyens apprennent simplement à vivre avec la peur.

Le retour à la normale exige une action durable : protéger les civils, reprendre le contrôle des territoires, démanteler les réseaux criminels, couper les circuits d’approvisionnement en armes et en financement, renforcer les institutions judiciaires et garantir que les responsables répondent de leurs crimes.

Kenscoff nous impose donc une question simple, mais lourde de conséquences : combien de vies devront encore être perdues avant que la protection de la population cesse d’être une promesse et devienne une réalité ?

À force de compter les morts, le risque est de finir par oublier ce qu’ils représentent : des vies, des familles et des citoyens qui avaient simplement le droit de vivre.

Max Jacky Olivier Conille,
Cmaxjackyolivier@yahoo.com

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