Haïti face au virus des 1 000 partis : pour un système politique plus représentatif
Le débat sur l’exigence des 30 000 membres imposée aux partis politiques soulève une question qui dépasse largement le processus électoral : comment sortir Haïti de la fragmentation politique qui affaiblit la démocratie et brouille le choix des électeurs ?
Un citoyen ne devrait jamais être inscrit sur la liste d’un parti sans son consentement. Son numéro d’identification, sa carte nationale ou ses données provenant de l’ONI, de la CAS, des banques ou des maisons de transfert ne peuvent pas constituer une preuve d’adhésion politique.
La carte Dermalog biométrique et l’interconnexion entre l’ONI et le CASdevraient permettre de vérifier l’unicité de chaque identité et de détecter les doublons. Mais l’identification d’un citoyen ne suffit pas. Son adhésion politique doit être volontaire et vérifiable.
Il faut également distinguer clairement trois réalités : posséder une carte d’identification, être inscrit comme électeur et être membre d’un parti politique. Ces statuts ne sont pas interchangeables. Le citoyen doit rester libre de participer ou non à une élection et de choisir la formation politique qui correspond à ses convictions.
Cette liberté doit également inclure le droit de changer de parti. Une identité biométrique reste la même, mais un choix politique peut évoluer. Le système doit donc permettre à chaque citoyen de vérifier son affiliation, de contester une inscription non autorisée et de changer librement de formation politique.
Réduire la fragmentation sans supprimer le pluralisme
Haïti souffre d’une multiplication excessive de formations politiques. Le problème n’est pas l’existence de plusieurs courants d’idées. Le problème est la multiplication de partis sans implantation réelle, sans structures durables et parfois sans véritable programme national.
La solution ne devrait pas consister à interdire arbitrairement les partis. Elle devrait plutôt consister à exiger une représentativité réelle.
Pour être reconnus et participer durablement à la compétition électorale, les partis pourraient devoir démontrer :
- un nombre minimum d’adhérents authentifiés ;
- des structures locales fonctionnelles ;
- une implantation dans plusieurs départements ;
- des statuts démocratiques ;
- une comptabilité transparente ;
- des sources de financement déclarées ;
- un programme politique national ;
- une existence et une activité régulières entre les élections.
Ces critères favoriseraient naturellement le regroupement autour de grandes familles politiques.
Deux grandes tendances, plusieurs sensibilités
Haïti pourrait progressivement évoluer vers deux grandes tendances politiques nationales, tout en conservant différentes sensibilités à l’intérieur de chacune.
L’objectif ne serait pas d’imposer artificiellement deux partis uniques. Il serait d’encourager les regroupements, les coalitions et la clarification idéologique.
L’électeur saurait ainsi plus facilement quelles sont les grandes orientations proposées et pourrait choisir en fonction de programmes plutôt qu’en fonction d’une multitude de sigles et de candidatures.
Les partis devraient également retrouver leur véritable fonction dans la société. Ils doivent former des cadres, proposer des politiques publiques, participer au débat national, organiser la formation civique et préparer une nouvelle génération de dirigeants.
La réforme doit aussi protéger contre la corruption
Une procédure destinée à épurer les listes et à vérifier les adhésions ne doit pas devenir une nouvelle source de corruption.
Le CEP doit pouvoir auditer le système, retracer les accès aux données et identifier les modifications effectuées. Toute utilisation frauduleuse d’une identité doit pouvoir être contestée et sanctionnée.
L’objectif n’est pas d’obtenir artificiellement 30 000 noms.
L’objectif est de disposer de 30 000 citoyens ayant librement confirmé leur adhésion.
Haïti a besoin d’un système politique plus lisible, plus représentatif et plus responsable.
Le principe devrait être simple : une identité, un citoyen, un choix politique libre.
Le citoyen doit pouvoir choisir son parti. Il doit pouvoir en changer. Il doit pouvoir refuser toute utilisation de son identité.
Les partis, eux, doivent démontrer leur représentativité et leur capacité à servir la société au-delà des périodes électorales.
C’est ainsi qu’Haïti pourra commencer à sortir du « virus des 1 000 partis » et construire un système politique fondé sur des organisations réellement représentatives, des programmes clairs et un choix électoral compréhensible.
Par Max Jacky Olivier Conille
Cmaxjakcyolivier@yahoo.com






