Haïti face à une police minée par la corruption et l’impunité

Haïti face à une police minée par la corruption et l’impunité

Dans un pays où l’injustice règne, la corruption mine la Police nationale, affaiblit l’autorité de l’État et détruit progressivement la confiance des citoyens. La justice élève une nation. L’injustice, elle, la ronge de l’intérieur.
Le massacre de Kenscoff, fin août 2026, a rappelé avec brutalité ce que ce constat signifie sur le terrain. Plus de 47 personnes tuées, plus de 50 personnes enlevées, dans une commune où la violence reculait pourtant de manière constante depuis le début de l’année. Le Directeur général a.i. de la Police nationale, Vladimir Paraison, a lui-même reconnu qu’une enquête était nécessaire pour établir si l’attaque avait été rendue possible par la complicité ou par la négligence de certains agents. Des mandats d’arrêt ont depuis été émis contre plusieurs personnalités, dont un ancien sénateur et un ancien député de Kenscoff, accusés d’avoir soutenu les gangs responsables du massacre. Haïti ne peut construire un véritable État de droit avec une police dont la propre direction admet, dans ses moments les plus graves, ne pas savoir si elle a été trahie de l’intérieur.
Ces accusations sont suffisamment graves pour exiger des enquêtes indépendantes, transparentes et impartiales. Elles ne doivent être ni ignorées ni utilisées pour condamner collectivement l’ensemble des policiers, dont beaucoup continuent d’opérer, au péril de leur vie, contre des gangs comme la coalition Viv Ansanm, qui contrôle aujourd’hui la majeure partie de Port-au-Prince.

Une police civile au service du citoyen

La Police nationale d’Haïti doit rester une police civile, professionnelle, républicaine et apolitique. Sa mission première doit être de protéger la population, de faire respecter la loi et de garantir la sécurité publique y compris face à des acteurs armés étrangers opérant sur le sol national, dont le rôle et l’encadrement juridique restent flous et doivent être clarifiés par l’État haïtien lui-même.
Un policier n’a pas le droit de frapper, torturer ou maltraiter un citoyen. Le recours à la force doit rester strictement encadré par la loi, nécessaire et proportionné à la situation. Le respect de la dignité humaine et des droits fondamentaux doit constituer une obligation permanente pour chaque agent. Le climat d’impunité qui a permis, ces dernières années, l’essor de mouvements d’autodéfense comme le Bwa Kale n’est pas un signe de vitalité citoyenne : c’est le symptôme d’un État qui a laissé le vide sécuritaire se combler par la justice populaire, avec tous les risques que cela comporte pour les droits humains.

Le vetting devient indispensable
Une restructuration sérieuse de la Police nationale doit commencer par un vetting rigoureux. Chaque agent doit pouvoir être évalué selon des critères professionnels, disciplinaires et éthiques.
Ce n’est pas un exercice théorique. Depuis juin 2026, deux unités judiciaires spécialisées ont été mises en place pour traiter les dossiers de corruption complexes, incluant le trafic d’armes et les violations graves commises par des gangs. La Direction centrale de la police judiciaire poursuit par ailleurs sa coopération avec le FBI sur un réseau transfrontalier de trafic. Ces mécanismes existent ; ce qui manque encore, c’est leur autorité, leurs ressources et leur indépendance vis-à-vis du pouvoir politique pour aller jusqu’au bout des dossiers impliquant des officiers supérieurs ou des élus.
Le processus de vetting doit permettre d’identifier, sur la base de preuves recueillies par ces unités et non de rumeurs, les agents impliqués dans la corruption, les violations des droits humains, les abus de pouvoir, le trafic d’influence ou d’éventuelles relations criminelles avec des groupes armés. Il ne doit pas devenir un instrument politique utilisé pour purger des rivaux ou protéger des alliés. Il doit être indépendant, transparent et accompagné de garanties de procédure. Les agents reconnus coupables doivent être sanctionnés conformément à la loi pas mutés, pas simplement écartés en silence.
Réformer la police pour reconstruire l’État
La restructuration doit également renforcer les mécanismes de contrôle interne et externe, améliorer la formation des policiers, moderniser les capacités de renseignement, renforcer la chaîne de commandement et instaurer une véritable culture de responsabilité. Cela suppose aussi de clarifier la relation entre la PNH, les Forces armées d’Haïti, la mission multinationale d’appui à la sécurité et les sociétés militaires privées engagées par l’État : une chaîne de commandement brouillée entre plusieurs forces armées opérant sur le même théâtre ne peut que fragiliser la responsabilité et retarder la justice quand les choses tournent mal, comme à Kenscoff.
La lutte contre la corruption ne peut pas se limiter aux policiers de terrain, souvent les moins bien payés et les plus exposés. Elle doit également examiner les niveaux de commandement, les mécanismes de recrutement, les promotions, les marchés publics, la gestion des ressources et les éventuelles protections politiques accordées à certains agents y compris, comme les récentes inculpations le suggèrent, des protections venues d’anciens élus.
Une police efficace ne peut fonctionner sans justice.
Lorsque les violations restent impunies, lorsque les dossiers disparaissent et lorsque les citoyens ne peuvent obtenir justice, la confiance dans les institutions s’effondre. La réforme de la Police nationale doit donc aller de pair avec une réforme profonde de la justice et des mécanismes de contrôle de l’État et avec un calendrier clair, porté par le Conseil supérieur de la Police nationale et soutenu, sans s’y substituer, par les partenaires internationaux.
Haïti a besoin d’une police qui protège au lieu d’intimider, qui enquête au lieu de couvrir, qui respecte la loi au lieu de la violer et qui sert la population au lieu de servir des intérêts particuliers.
La sécurité durable ne naîtra ni de l’impunité ni de la complaisance. Elle exige une police civile, professionnelle, contrôlée, respectueuse des droits humains et capable de répondre de ses actes devant la justice à commencer par une réponse claire et publique sur ce qui s’est réellement passé à Kenscoff.
La justice élève une nation. L’injustice la ronge. Pour reconstruire Haïti, il faut donc reconstruire la confiance entre le citoyen, la police et la justice

Max Jacky Olivier Conille, ing
Cmaxjackyolivier@yahoo.com

Articles associés

Vous aimez ce que vous voyez ? Ne manquez pas nos offres exclusives sur les vêtements et produits high-tech ! 👉 Découvrez nos meilleures ventes dès maintenant !

Air Jordan 4 Metallic Gold

Get 30 % OFF

Air Jordan 4 Metallic Gold

Privacy Overview

This website uses cookies so that we can provide you with the best user experience possible. Cookie information is stored in your browser and performs functions such as recognising you when you return to our website and helping our team to understand which sections of the website you find most interesting and useful.