Carburant frelaté en Haïti cest quoi
Il ne manquait plus que ça : le carburant frelaté.
Comme si les chauffeurs haïtiens n’avaient pas déjà suffisamment de problèmes, ils doivent désormais composer avec des signalements concernant la qualité du carburant vendu sur le marché.
Insécurité, routes dégradées, embouteillages, véhicules endommagés, coûts exorbitants des pièces et de l’entretien, postes de péage et maintenant carburant potentiellement contaminé ou non conforme. La liste devient interminable.
Pour un chauffeur, le véhicule n’est pas un simple moyen de transport. C’est son outil de travail. Lorsque du carburant de mauvaise qualité endommage un moteur, un injecteur, une pompe ou un système d’alimentation, ce n’est pas seulement une panne mécanique. C’est une perte de revenus.
Le chauffeur paie donc deux fois. Il paie le carburant au moment de faire le plein, puis il paie la réparation lorsque le véhicule tombe en panne.
La question fondamentale est alors celle du contrôle.
Qui vérifie réellement la qualité du carburant avant sa mise sur le marché ? Quels organismes effectuent les contrôles ? Quels laboratoires réalisent les analyses ? À quelle fréquence ? Les résultats sont-ils publiés ? Lorsque des produits non conformes sont identifiés, qui est sanctionné ?
Le silence sur ces questions serait difficilement acceptable.
Il faut également parler des postes de péage. Le chauffeur paie pour circuler, paie son carburant, paie l’entretien de son véhicule et assume les risques liés à l’insécurité. En contrepartie, il est légitime qu’il demande où va l’argent collecté aux postes de péage.
Quelles routes sont entretenues avec ces recettes ? Quels travaux sont réalisés ? Combien l’État collecte-t-il ? Combien est réellement investi dans les infrastructures ? Où sont les rapports financiers ?
Un poste de péage peut être justifié lorsqu’il s’inscrit dans un système transparent et qu’il contribue effectivement à l’entretien et à l’amélioration des infrastructures. Mais demander de l’argent aux chauffeurs sans leur fournir de garanties sur l’utilisation de ces ressources pose une sérieuse question de gouvernance.
Le problème est donc beaucoup plus large que le carburant.
Il concerne un système dans lequel le chauffeur semble constamment devoir payer, alors que les services et les contrôles attendus ne suivent pas.
Les autorités doivent sortir du silence.
Il faut contrôler les échantillons de carburant, identifier leur provenance, déterminer leur conformité, publier les résultats et établir les responsabilités lorsqu’une infraction est constatée.
Il faut également assurer une transparence totale sur les recettes des postes de péage et leur utilisation.
Le chauffeur haïtien n’est pas un portefeuille ambulant.
Il travaille dans des conditions difficiles. Il transporte des passagers, des marchandises et contribue chaque jour au fonctionnement de l’économie nationale. Son outil de travail mérite protection.
L’État ne peut pas exiger davantage de contributions tout en laissant subsister des interrogations sur la qualité des produits vendus, l’état des routes, la gestion des péages et la protection des travailleurs du transport.
Il ne manquait vraiment plus que le carburant frelaté.
Après l’insécurité, les mauvaises routes, les coûts d’entretien et les postes de péage, les chauffeurs doivent-ils maintenant craindre que le carburant qu’ils achètent au prix fort détruise leur propre véhicule ?
Si la non-conformité du carburant est établie, les responsables doivent être identifiés et sanctionnés.
Le temps des contrôles invisibles et des comptes introuvables doit prendre fin.
Chaque gourde payée par un chauffeur doit pouvoir être justifiée. Chaque litre vendu doit respecter les normes. Chaque recette de péage doit être traçable.
Les chauffeurs ne demandent pas un privilège.
Ils demandent simplement de pouvoir travailler sans avoir à payer les conséquences d’un système qui ne les protège pas.
Max Jacky Olivier Conille, coordonnateur du mouvement pour la reconstruction nationale MRN
Petion ville
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