Crise de gouvernance et insécurité en Haïti : l’ECCREDHH tire la sonnette d’alarme
L’Organisme de Défense des Droits Humains Ensemble des Citoyens Compétents à la Recherche de l’Égalité des Droits de l’Homme en Haïti (ECCREDHH) exprime sa profonde consternation, sa vive inquiétude et sa ferme indignation face à la dégradation accélérée de la situation sécuritaire, humanitaire et institutionnelle en Haïti. Dans un communiqué de presse publié le vendredi 30 janvier 2026, l’organisation dresse un constat alarmant d’une crise multidimensionnelle qui menace gravement la survie même de l’État haïtien et la dignité de sa population.
Selon l’ECCREDHH, cette crise résulte directement de l’inaction prolongée, des choix politiques irresponsables et de l’incapacité manifeste des autorités de transition à assumer leurs obligations constitutionnelles et internationales. L’organisme dénonce une gouvernance marquée par l’immobilisme, les luttes de clans et le mépris systématique des besoins fondamentaux de la population.
Une population livrée à la violence et à l’abandon
Alors que les citoyens haïtiens sont quotidiennement exposés aux enlèvements, aux violences armées, aux déplacements forcés et à la privation des services essentiels, les dirigeants de la transition persistent dans une gestion déconnectée des réalités du pays. Cette situation constitue, selon l’ECCREDHH, une violation grave, continue et systématique des droits humains, notamment du droit à la vie, du droit à la sécurité, du droit à la dignité humaine et du droit à un niveau de vie décent.
L’organisme souligne que la normalisation de la peur et de l’insécurité traduit un effondrement moral et institutionnel de l’État, incapable de protéger ses citoyens et d’assurer les conditions minimales de la vie en société.
Responsabilité directe du Conseil Présidentiel de Transition et du Gouvernement
L’ECCREDHH tient pour politiquement, moralement et juridiquement responsables le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) ainsi que le Gouvernement, dont l’inaction et l’absence de mesures effectives ont favorisé l’expansion des groupes armés et l’effondrement de l’ordre public. Gouverner par le chaos, tolérer l’insécurité et abandonner la population à la violence constituent non seulement un échec cuisant de gouvernance, mais également une faute grave engageant la responsabilité de l’État.
L’organisation observe avec inquiétude que, ces derniers jours, la lutte pour le pouvoir semble primer sur l’intérêt national, reléguant Haïti et la souffrance de son peuple au second plan.
Constats préoccupants sur le terrain
L’ECCREDHH dresse plusieurs constats majeurs :
-
Atteintes massives au droit à la vie et à la sécurité : Les kidnappings, assassinats, violences armées et actes de terreur perpétrés par les gangs se multiplient à Port-au-Prince, Delmas, Pétion-Ville, Kenscoff et dans d’autres régions du pays, transformant des quartiers entiers en véritables zones de non-droit.
-
Effondrement de l’autorité de l’État : L’incapacité chronique des autorités à garantir la sécurité publique, à assurer l’accès aux soins de santé, à l’alimentation et aux services sociaux essentiels démontre une défaillance structurelle profonde et un abandon manifeste des responsabilités régaliennes de l’État.
-
Aggravation de la crise humanitaire : Les déplacements internes massifs, la fermeture des écoles et des hôpitaux, ainsi que la précarisation extrême des populations les plus vulnérables illustrent une situation incompatible avec les engagements nationaux et internationaux d’Haïti en matière de droits humains.
Appel à un changement immédiat et radical de paradigme
Face à cette situation alarmante, l’ECCREDHH exige un changement immédiat et radical de paradigme, fondé sur un dialogue franc, inclusif et responsable entre les fils et filles de la Nation. L’organisme appelle à la mise en œuvre urgente de mesures concrètes, coordonnées et vérifiables afin de :
-
Rétablir l’autorité de l’État et l’ordre public ;
-
Garantir la sécurité des personnes et des biens ;
-
Organiser des élections crédibles, libres et transparentes ;
-
Assurer l’accès effectif aux services essentiels, notamment la santé, l’alimentation et la protection sociale ;
-
Placer la dignité humaine et le respect des droits fondamentaux au cœur de toute action publique.
La transition ne peut justifier l’impunité
L’ECCREDHH rappelle avec fermeté que la transition politique ne saurait servir de prétexte à la suspension de l’État de droit, à l’impunité ou à l’abandon du peuple haïtien. Elle doit au contraire être strictement encadrée par le respect de la Constitution, des normes démocratiques, des conventions internationales ratifiées par Haïti et du principe fondamental de responsabilité des gouvernants.
Un avertissement solennel à l’histoire
L’Ensemble des Citoyens Compétents à la Recherche de l’Égalité des Droits de l’Homme en Haïti rappelle solennellement que l’histoire jugera sévèrement celles et ceux qui, par leur silence, leur inaction ou leur cynisme politique, auront contribué à l’effondrement de la Nation et à la banalisation de la souffrance humaine.
L’ECCREDHH demeure pleinement mobilisée et se réserve le droit d’alerter les instances nationales, régionales et internationales compétentes tant que les droits fondamentaux de la population haïtienne continueront d’être bafoués.
Samuel DARIS
Vice-président de l’ECCREDHH






